Projets

LE PAYSAGE – UN PROJET ENTRE IMAGE ET IDENTITE

Si le paysage est une image, cette image est construite. On ne peut se contenter de la regarder, il faut la comprendre.

Le concept même du paysage se reclasse au rang d’ordre culturel, pur produit de l’activité humaine. Les traces gravées dans le site se révèlent comme un gisement de mémoires, une écriture inscrite sur une nature “farouche” avec laquelle il a fallu composer. Cette mémoire affirme une identité, et le paysage est pour cette raison un bien public.

Le paysage, lieu d’inter-relation, d’imbrications entre les objets et le territoire et, de relations étroites entre la nature et la culture, engendre une complexité.

En­ mutation constante ce paysage peut être considéré comme étant en état de projet permanent. Aussi, l’image n’est que le reflet d’un point de vue du réel qui n’est jamais figée, mais évolue au gré des époques, le paysage ne s’enferme pas dans le temps. Il est fondamental lors de l’approche du paysagiste de décrypter, diagnostiquer, saisir les enjeux, confronter les logiques, dialoguer avec les acteurs pour faire un projet.

On passe ainsi de l’esthétique à l’éthique. Le regard seul nous met dans un rôle de spectateur, comme le constate Alain Finkelkraut une attitude de “touriste planétaire” alors qu’il faut être acteur pour être créateur.

Car l’objectif est bien de participer à l’évolution, à la création de nos paysages. L’acte de projet est pluriel, il n’appartient pas qu’au paysagiste, il met aussi en scène trois acteurs majeurs :
•    le décideur, élu démocratiquement, définit et doit en assurer les objectifs politiques. Lui seul, peut porter la question du paysage pour faire émerger le projet.
•    le territoire, marqué par la géographie et l’histoire est le support sur lequel le projet puise ses valeurs et son identité.
•    les usagers, destinataires du projet, se l’approprieront et le feront vivre, exister, évoluer.
Cet acte partenarial idéal s’exécute tout en contrôlant la chaîne de fabrication depuis l’acte politique jusqu’à la gestion.

Le projet est global et contextuel, il est surtout vivant et a besoin de flexibilité, de temps et de continuité.

Sa maîtrise doit être autant temporelle que spatiale. Or les phases d’élaboration du projet sont aujourd’hui segmentées par des logiques techniques et administratives qui finissent par détruire l’objectif et le concept d’origine. La technique dépasse souvent le politique et peut le neutraliser. Par une démarche partenariale, le projet doit dépasser ces contraintes et devenir un acte de démocratie.

La communication doit permettre aux citoyens de se l’approprier, mais également de comprendre sa complexité et la nécessité de prendre des décisions dans le sens de l’intérêt public. Cette démarche fait partie intégrante de l’acte de projet de paysage afin qu’il soit global, contextuel et vivant. Elle ne doit pas seulement se traduire par l’image, mais être affichée et débattue. Le projet devient alors un acte culturel, social, identitaire et démocratique. La politique de la ville doit s’affirmer comme une politique  de défense de la démocratie, d’un état de droit et pas d’un état de force où se confrontent les intérêts privés.