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LE METIER DE PAYSAGISTE

Dans les années soixante-dix, le champ d’expérience des paysagistes a été celui de la maîtrise d’œuvre des espaces résiduels des grands ensembles ou un équipement à la  périphérie des villes. Aborder ces lieux laissés en déshérence par d’autres professionnels nécessitait d’ouvrir le champ de la réflexion tant au niveau territorial que des disciplines. Nous sommes passés de la maîtrise d’œuvre pure au projet urbain, en tangente avec le métier d’urbaniste. Il ne s’agirait pas de tomber dans le piège du projet “idéal” imposé par certains, ni dans le réglementaire sans âme. L’objectif était de faire naître un projet dans l’espace mais aussi dans le temps. Le paysage est le lieu du projet permanent. Le projet doit vivre en prenant en compte l’évolution des usages, des programmes, des politiques. Cette vie du projet nécessite une relation avec les décideurs, les élus. Le projet ne prend du sens que s’il est confronté aux logiques politiques en tant que gestion de la cité avec ses contradictions, ses décisions. Cette détermination a permis de mettre en œuvre des projets dans une démarche continue de la décision politique jusqu’au suivi de la gestion. C’est la mise en évidence de la chaîne de fabrication du projet où nous devons contrôler à chaque phase, chaque maillon de la chaîne, les interventions des acteurs (élus, techniciens, habitants…) et faire vivre le projet sans qu’il perde son identité. Dans la plupart des cas, on peut constater que dans le dialogue, le projet s’est affirmé, simplifié, pour ne garder que l’essentiel. Seuls les diagnostics et les concepts évidents subsistent à la  confrontation.

En parallèle avec les approches urbaines nous avons eût à aborder au début des années quatre-vingt-dix des réflexions d’ampleur territoriales, au travers des infrastructures ou de la loi paysage. Dans ce cadre où l’échelle est élargie et les partenaires sont diversifiés, la méthode d’approche a été similaire : être en état de dialogue et de projet. L’intervention du paysagiste, comme dans un projet urbain, se fait en rapport avec une question posée, une problématique. Dans un premier temps, elle est restituée et confrontée à la réalité du territoire qu’il faut comprendre tant dans son image que dans les mécanismes de sa fabrication. Cette approche que l’on pourrait qualifier d’historique est la première phase de la mise en projet : est-on en continuité ou en rupture avec la logique de fabrication de ce paysage ? Ce diagnostic doit être débattu avec les acteurs pour être partagé et devenir la base d’une culture commune sur l’analyse et les enjeux du paysage concerné. La connaissance du territoire et les échanges avec les acteurs doit être mise au service du projet. Le paysagiste est ici l’auteur de la mise en forme du projet qui doit se confronter aux logiques des différents acteurs, le négocier sans le rendre consensuel, donc inconsistants. Même lorsqu’il s’agit de sauvegarder un site, on doit se placer en dynamique de projet. Sauvegarder un site signifie faire le projet de son évolution. A l’échelle du grand territoire la démarche de projet, moins institutionnelle doit d’autant plus être le lieu d’échange, de la confrontation entre les différents partenaires. Il s’avère que lorsqu’elle est franche et affichée, on aboutit à des projets globaux où chacun développe ses propres logiques et projets. Pour répondre à cette démarche très ouverte, nous avons été sollicités pou assumer des missions inhabituelles de programmation et de conseil auprès de collectivités locales ou de maître d’ouvrage. Ces expériences se sont croisées avec celles de paysagistes conseils auprès du préfet dans le département de la Drôme où la difficulté majeure est de clarifier les rôles de chacun et d’installer une transversalité entre les différents services de l’Etat. A des missions régaliennes indispensables et de maîtrise d’œuvre réductrices, le rôle de conseil auprès des collectivités locales n’est assumé qu’accessoirement par les services de l’Etat. La pédagogie, le dialogue, ne suffisent pas à faire évoluer une culture technicienne refermée sur elle-même. Il est aujourd’hui indispensable d’installer le débat au niveau national et interministériel sur le rôle de l’État pour que s’impose la transversalité, garante d’une cohérence de l’action de l’État.

La multiplicité des actions, l’ouverture du paysage vers d’autres champs disciplinaires m’ont amené à m’investir dans l’enseignement et plus particulièrement la création d’une école méditerranéenne du paysage dépendante de l’école nationale supérieure du paysage de Versailles. Le projet pédagogique met l’accent sur :
•    La question du projet dans une démarche partenariale et interactive dégageant des méthodes adaptées aux contextes différents aussi bien pour les acteurs que pour le site.
•    La question de l’évolution du territoire et de sa connaissance à travers les champs disciplinaires.
•     Les particularités de l’espace méditerranéen et la puissance démonstrative de ce creuset culturel.
L’enseignement est comme le projet un lieu de confrontation et de recherche d’une cohérence.

Après vingt-cinq ans de pratiques professionnelles mon objectif est de continuer à  travailler sur des projets dans un large domaine d’investigation, en couvrant l’ensemble de la chaîne d’élaboration du projet, ceci avec mon équipe, sans laquelle rien n’aboutirait, en installant la transversalité nécessaire pour croiser les différents champs du savoir indispensables à la pertinence du projet, tout en essayant de créer un réel dialogue politique sur le sens du projet.

Alain Marguerit